Monsieur Bleu à Paris

Il y a des rencontres que l’on n’oublie pas. Je ne l’ai pas connue très longtemps, mais les souvenirs de sa beauté sont immuables.

Je ne pourrais lui donner d’âge, je crois d’ailleurs qu’elle n’en a pas. Mais je peux dire l’enchantement qu’elle provoque. Une personnalité sans égale, une ivresse intemporelle, un pétillement éternel. Élégante le jour, trépidante la nuit, Hemingway disait qu’elle était une fête.

Chacun de nous en connait un coin et des recoins. Certains la connaissent depuis l’enfance, beaucoup l’ont connue au sortir de l’adolescence et d’autres encore ne l’ont que trop peu approchée et la fantasme encore.

Les écrivains ont passé leur vie à peindre ses multiples visages. Il est assuré qu’elle ne laisse personne indifférent ; elle en a séduit plus d’un et ses charmes font encore chavirer les cœurs.  Inconditionnel séducteur, non sans intimidation, Monsieur bleu a pris rendez-vous avec la belle, je veux dire Paris !

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Paris n’est elle pas une capitale magnifique ? © Lora Barra

Notre élégant provincial « en avait déjà vu des villes bien sûr, et des belles encore, et des fameuses mêmes », comme dirait Céline. Mais celle-là, parisienne, a un parfum particulier. Paname parait universelle et pourtant elle offre des expériences aussi diverses que singulières.

Ce jour-là, je rejoins Monsieur Bleu à la terrasse du Petit Poucet, place de Clichy. Il est très tôt. Sept ou huit heures du matin. Ce n’est pas le jour des livraisons mais on observe déjà quelques camions qui se voient décharger de leurs marchandises. Les employés font des aller-retours frénétiques entre leur véhicule et l’établissement qu’ils sont venus livrer. Des odeurs de pâtisseries et de poisson se mêlent et défilent devant nous alors que Monsieur Bleu et moi dormons encore, le nez dans nos cafés respectifs. Paris se réveille.

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Monsieur Bleu commence tôt sa journée, petit café matinal au Petit Poucet.

Nous décidons de marcher en direction du XVIIIe arrondissement de Paris en gardant le cap sur Montmartre. Nous empruntons le populaire boulevard de Clichy où jeunes actifs croisent avant et après le boulot quelques attroupements de sans-abris oisifs, assommés par l’alcool et le manque de sommeil. Sachant la fascination de Monsieur bleu pour les textiles en tout genre, nous décidons alors de faire un petit détour jusqu’au marché Saint Pierre, institution du tissu à Paris.La fascination de Monsieur bleu pour les textiles en tout genre nous entraine

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Monsieur Bleu à vite perdu pied face à autant de tissu

 

 

On y croise de tout : des professionnels en approvisionnement, des mères de famille venues acheter de quoi habiller une fratrie, des bobos venus jouer les créateurs, et des curieux, comme nous.

Au pied du Sacré-Cœur, nous décidons d’entreprendre l’ascension pour aller observer les toits de Paris. L’isolement de l’ancienne commune conserve une ambiance d’un autre temps ; pas une rue droite ni plate, quelques rares véhicules avancent au pas. On s’attend presque à voir circuler un troupeau d’animaux sur les pavés de la butte. L’image s’éloigne cependant peu à peu quand apparaissent des parisiens d’un nouveau genre, vendeurs à la sauvette de selfie sticks et autre gadgets abjects.

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La vue depuis les hauts de Montmartre. (Photo prise par Lora Barra)

Un  peu plus tard dans l’après-midi, nous décidons d’aller fréquenter les beaux quartiers. S’habiller est de circonstance mais il convient de rester façonnable pour se fondre dans d’autres décors, la ville lumière réserve des surprises.

Nous rejoignons quelques amis au Très Honoré, 35 Place du Marché Saint-Honoré, dans le premier arrondissement de Paris. Nous nous installons en terrasse pour attendre nos compères. Il est dix-huit heures, Monsieur Bleu jugeant qu’il est trop tard pour un café, nous ordonnons deux pintes de malte. La bière est hors de prix et le service un peu rude, mais les fauteuils sont confortables. Nous prenons place au creux des épais coussins. Assis l’un à côté de l’autre, nous regardons les parisiennes passer en sirotant nos verres, sans rien dire.

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Nous n’avons rien avalé de la journée et l’alcool ne tarde pas à produire ses effets. Sans nous en rendre compte, mon acolyte et moi haussons le ton et rions à gorge déployée alors que nos amis nous rejoignent bientôt pour passer à table.

A l’intérieur du restaurant, de nombreuses et belles personnes prennent place et nous parvenons tout juste à obtenir une table au cœur de cette luxueuse mais chaleureuse atmosphère. Les femmes qui nous ont rejoints sont superbes. Monsieur Bleu, bien entouré, est à la fois heureux et fier d’être en si bonne compagnie, commande du vin pour toute la bande.

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Après le diner nous prenons la décision radicale de filer chez Jeannette, un café populaire du dixième arrondissement de Paris. Il est encore tôt, nous parvenons à dénicher une table au milieu de la salle principale qui s’inspire d’un style rococo, en plus cheap. Dans une ambiance agréablement populeuse, un serveur nous fait grand privilège de nous épargner la queue au bar. Il lance sur la table trois pintes de blonde et deux pastis et nous réclame la modique somme de treize euros cinquante, béni soit-il.

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Les lecteurs assidus du blog savent combien on aime le baby foot, Monsieur Bleu a été comblé car un Stella est disponible dans le bar.

 

Après une heure de bain de foule assourdissant et quelques pastis supplémentaires éclusés, nous décidons de traverser le Canal Saint Martin pour aller boire du rhum.

Nous arrivons au Comptoir Général dans un décor vintage hallucinant à mi-chemin entre grenier d’antan, patio arboré et caverne d’Ali baba. Les filles repèrent une table délaissée, pendant que Monsieur Bleu emmène notre camarade au bar pour commander quelques cocktails. Plusieurs tournées atterrissent sur notre table ; mojito, petit punch, Mai Tai…

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L’atmosphère se réchauffe et les autres clients nous paraissent de plus en plus affables. J’aperçois déjà Monsieur Bleu, encore vêtu de sa veste de costume qui commence à dénoter, s’entretenir avec un groupe voisin. La musique ambiante et l’alcool nous font gesticuler dans nos fauteuils.

Sans nous laisser le temps de refaire le monde entre compagnons, les filles se lèvent et nous supplient de les emmener danser. Ernest avait raison, Paris est une fête !

 

Antoine Bigand.

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